Savez-vous que près de 12 millions de Français souffrent de douleurs chroniques ? C’est presque 20 % de la population. Pourtant, dans nos hôpitaux comme dans nos familles, de vieux mythes ont la vie dure. On entend encore qu’il faut “serrer les dents” ou que la douleur “forge le caractère”. En quinze ans d’exercice infirmier et d’enseignement, j’ai vu les dégâts de ces croyances. Aujourd’hui, les neurosciences nous prouvent l’inverse. Il est temps de déconstruire ce que nous pensions savoir sur la douleur.

Le mythe de l’endurcissement : non, souffrir ne rend pas plus fort

Il existe cette idée reçue tenace. Celle qui dit qu’à force d’avoir mal, on s’habitue. C’est faux. C’est même biologiquement l’inverse qui se produit.

Le système nerveux n’est pas un muscle que l’on entraîne par la souffrance. C’est un système d’alarme. Imaginez une alarme de maison qui se déclenche tous les jours. Elle ne devient pas plus silencieuse. Elle devient hypersensible. Elle finit par sonner pour un simple courant d’air. En neurosciences, on appelle cela la sensibilisation centrale.

Plus vous laissez une douleur s’installer sans la traiter, plus vos récepteurs deviennent performants pour transmettre le signal “danger”. Le seuil de tolérance diminue. Le patient qui a “toujours eu mal” n’est pas douillet. Son système nerveux a simplement appris, physiquement, à amplifier le message. C’est un cercle vicieux neurologique. Laisser la douleur s’exprimer “pour voir”, c’est préparer le lit de la douleur chronique de demain. C’est pour cela que la prise en charge précoce est vitale.

Pour aller plus loin sur les mécanismes de la douleur chronique, je vous conseille les dossiers de l’Inserm ou de la SFETD.

“Laisse-le pleurer, ça lui fait les poumons” : l’erreur historique

C’est peut-être la phrase qui m’a le plus heurté durant mes années en pédiatrie. On l’a tous entendue. Elle part d’une intention d’éducation, mais elle repose sur une méconnaissance totale de la physiologie.

Un bébé qui pleure longtemps sans être consolé ne “se calme” pas. Il se met en état de sidération. Son cerveau est inondé de cortisol, l’hormone du stress. À haute dose et de façon répétée, ce cortisol est toxique pour les structures cérébrales en développement. Loin de renforcer ses poumons ou son caractère, on fragilise son système de régulation émotionnelle.

On apprend à son cerveau que l’alerte ne sert à rien. À l’âge adulte, cela peut donner des personnes déconnectées de leurs propres ressenti corporel. En hypnose, on travaille souvent à reconnecter ces circuits. On apprend à écouter le signal avant qu’il ne devienne un hurlement. La sécurité émotionnelle est le socle de la résistance à la douleur, pas l’inverse. Sécuriser, ce n’est pas gâter. C’est construire un système nerveux solide.

“J’ai très mal, donc c’est grave” : la fausse équation

C’est sans doute l’idée reçue la plus fréquente. Nous avons tous ce réflexe archaïque : si la douleur est à 9 sur 10, la blessure doit être catastrophique. C’est le vieux modèle biomédical, celui de Descartes. Mais il est obsolète.

La science nous montre aujourd’hui que la douleur n’est pas une mesure de l’état des tissus. C’est une mesure du danger perçu par le cerveau. C’est très différent. Prenez l’exemple du membre fantôme. Des patients ressentent des douleurs atroces dans une main qui n’existe plus. Il n’y a pas de lésion, mais la souffrance est 100% réelle. À l’inverse, des soldats blessés gravement ne sentent rien sur le moment.

Votre cerveau agit comme une table de mixage. Il reçoit des signaux, mais il décide de monter ou baisser le volume selon le contexte, votre stress ou vos émotions. En hypnose, nous n’agissons pas sur la lésion. Nous apprenons au patient à reprendre le contrôle de cette table de mixage. Nous dissocions l’alerte de la sensation. Avoir mal ne veut pas dire que votre corps est en train de se détruire. Comprendre cela est le premier pas pour faire baisser le volume.

Le piège du repos absolu : pourquoi l’immobilité entretient la souffrance

“Tu as mal au dos ? Reste au lit une semaine.” Ce conseil, que l’on donnait systématiquement il y a vingt ans, est souvent une erreur thérapeutique majeure. Sauf cas très spécifiques (fracture instable), l’immobilité prolongée est l’ennemie de la guérison.

Le corps se nourrit de mouvement. Les anglophones disent “Motion is Lotion” (le mouvement, c’est l’huile). Quand on s’arrête de bouger par peur de la douleur, on développe ce qu’on appelle la kinésiophobie. Le cerveau commence à étiqueter le moindre mouvement comme “dangereux”. Moins vous bougez, plus vous vous raidissez, et plus le seuil de douleur s’abaisse. C’est un cercle vicieux.

Il faut réapprendre à bouger, progressivement. C’est là que l’accompagnement mental est décisif. En séance, nous utilisons la visualisation pour “préparer” le cerveau au mouvement. Le patient s’imagine bouger avec fluidité, sans douleur. Cela rassure le système nerveux central. Une fois l’alerte levée au niveau inconscient, le corps peut reprendre sa mobilité beaucoup plus sereinement. Le repos total ne répare pas, c’est le mouvement adapté qui soigne.

Pour comprendre les recommandations actuelles sur le mouvement et le dos, je vous invite à consulter les ressources de l’Assurance Maladie.

La mémoire de la douleur : quand le corps n’oublie pas

Le corps a une mémoire. Ce n’est pas une image poétique, c’est une réalité synaptique.

Chaque expérience douloureuse laisse une trace, un chemin neuronal. C’est la neuroplasticité. Elle est formidable pour apprendre le piano, mais terrible pour la douleur. Si vous avez eu mal au dos pendant trois ans, votre cerveau a “cartographié” cette douleur. Même si la lésion physique est guérie, le chemin neuronal, lui, existe toujours. C’est comme une autoroute fraîchement goudronnée. L’information y circule à toute vitesse.

C’est là que l’approche purement médicamenteuse montre ses limites. Un médicament peut éteindre le signal chimique, mais il ne change pas la carte routière du cerveau. C’est ici que des techniques comme l’hypnoanalgésie prennent tout leur sens. Il ne s’agit pas de “croire” ou de “lâcher prise”. Il s’agit d’utiliser la plasticité cérébrale pour désactiver ces vieilles autoroutes. On apprend au cerveau à traiter l’information sensorielle différemment. On remplace le signal d’alerte par une sensation neutre.

Soit dit en passant, il est intéressant de se dire que parfois l’hypnose peut éviter (ou compléter l’action) de nombreux traitements médicamenteux, avec moins d’effets indésirables.

Une histoire de changement de regard

J’aimerais vous partager un moment vécu en formation qui illustre tout cela.

J’avais une stagiaire, appelons-la Chantal. Infirmière de bloc aguerrie, “à l’ancienne”, très compétente mais dure au mal. Elle pensait sincèrement que rassurer les patients, c’était “du social”, pas du soin. Lors d’un exercice pratique sur l’analgésie, elle a joué le rôle du patient. Elle a vécu, pour la première fois, ce que l’on ressent quand le soignant utilise des mots apaisants, modifie sa prosodie et induit une sécurité immédiate. Elle a fondu en larmes. Pas de tristesse, mais de réalisation. Elle m’a dit : “Pendant 20 ans, j’ai cru les aider en les secouant. Je ne savais pas que je pouvais éteindre la douleur juste avec ma présence.” Aujourd’hui, elle est devenue une référente douleur incroyable dans son service. C’est la preuve qu’on peut toujours réapprendre.

Reprendre le contrôle (sans magie, mais avec efficacité)

L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne ressoude pas une fracture. Elle ne remplace pas une chirurgie nécessaire. Il faut être clair là-dessus.

Cependant, elle change la donne sur la perception. Elle redonne les commandes au patient. Il y a un “avant” et un “après” quand on comprend qu’on peut moduler son propre ressenti. Cesser de subir est la première étape de la guérison. Que ce soit pour des migraines, des douleurs chroniques ou une anxiété liée aux soins, le cerveau a des ressources inouïes que nous sous-estimons souvent.

Si vous en avez assez de subir et que vous souhaitez explorer comment votre cerveau peut devenir votre meilleur allié contre la douleur, je vous reçois à Lyon. Mon cabinet est situé dans le 7ème arrondissement, un quartier calme et facile d’accès, idéal pour déconnecter le temps d’une séance. Nous prendrons le temps d’analyser votre demande pour mettre en place une stratégie d’hypnoanalgésie adaptée à votre histoire.