Former ses équipes soignantes à l’hypnose médicale répond aujourd’hui à un besoin concret : soulager la douleur et l’anxiété des patients sans alourdir la charge médicamenteuse ni la charge de travail des équipes.
Formation à l’hypnose des professionnels de santé : des recommandations, et une vraie demande des patients
Dans un service de soins, la douleur et l’anxiété ne sont jamais des cas isolés. Elles font partie du quotidien : pansement douloureux, geste invasif, attente avant un examen, peur de l’inconnu chez un résident d’EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Les traitements médicamenteux restent indispensables, mais ils ne suffisent pas toujours, et leur usage répété pose ses propres limites, en particulier chez les patients polymédiqués ou fragiles.
De nombreuses directions d’établissements de santé cherchent aujourd’hui des solutions complémentaires, mesurables et reconnues, pour soulager leurs patients sans alourdir la charge médicamenteuse ni la charge de travail des équipes. L’hypnose médicale s’inscrit dans cette recherche. Elle ne remplace pas les traitements existants : elle les complète, avec un niveau de preuve scientifique qui varie selon les indications, mais qui est aujourd’hui suffisamment solide pour être reconnu par les autorités de santé françaises.
Cet article s’adresse aux directeurs d’établissement, aux cadres de santé et aux responsables de formation continue qui envisagent un projet de formation en intra. Il détaille ce que disent les autorités de santé, ce que montre la pratique hospitalière, et comment structurer un parcours de formation adapté à votre établissement. Si vous êtes professionnels de santé souhaitant vous former, cet article vous est dédié.
Ce que dit la Haute Autorité de Santé sur les approches non médicamenteuses
La douleur chronique concerne plus de 12 millions de personnes en France, qu’il s’agisse d’une douleur installée ou en voie de chronicisation. Face à cette ampleur, la Haute Autorité de Santé (HAS) a structuré, dès janvier 2023, un parcours de soins gradué qui ne se limite plus à la seule prescription médicamenteuse.
Dans sa recommandation de 2025 sur la fibromyalgie de l’adulte, la HAS va plus loin et nomme explicitement l’hypnose. Elle indique que les soins thermaux, la relaxation, l’hypnose et la méditation sont des interventions sans effets indésirables ni risques pour la santé, qui peuvent être discutées dans le cadre du projet de soins sous certaines conditions et modalités de délivrance, à condition que les intervenants disposent d’une formation appropriée. Cette dernière précision n’est pas anodine pour un établissement : la HAS conditionne explicitement l’usage de l’hypnose à la qualification de la personne qui la pratique.
La HAS mentionne également l’hypnose dans d’autres recommandations de bonne pratique. Elle considère que l’hypnose peut constituer l’un des moyens non pharmacologiques utilisés en complément des antalgiques pour la prise en charge de la douleur aiguë en ambulatoire, chez l’enfant de un mois à quinze ans.
Pour un établissement, ce cadrage change la nature du projet. Former ses équipes à l’hypnose médicale n’est plus une initiative isolée ou une mode bien-être : c’est une réponse directe à une orientation déjà inscrite dans les référentiels de la HAS, avec une exigence de formation des intervenants clairement posée par l’autorité elle-même.
L’hypnose médicale en pratique hospitalière, de l’hypnosédation au bloc aux soins du quotidien
Une distinction utile : hypnosédation, hypnoanalgésie, hypnothérapie
Le rapport de référence sur le sujet en France reste celui de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), remis en 2015 à la Direction Générale de la Santé (DGS) à la demande du ministère. Ce travail distingue trois usages de l’hypnose en contexte de soin : l’hypnosédation, à visée sédative et utilisée en anesthésie ; l’hypnoanalgésie, dirigée contre la douleur ; et l’hypnothérapie, à visée psychothérapeutique.
Cette distinction est utile pour un établissement, car elle correspond à des indications, des publics et des formats de formation différents. Un service de chirurgie ambulatoire et un service de soins palliatifs n’ont pas le même besoin.
L’hypnosédation, une alternative validée à certaines anesthésies générales
Au bloc opératoire, l’hypnosédation combine une sédation intraveineuse consciente, une anesthésie locale du site opéré et une induction hypnotique. La Société Française d’Anesthésie et de Réanimation (SFAR) considère que cette technique, validée dans le contexte de l’anesthésie, peut favorablement remplacer l’anesthésie générale lorsque la chirurgie le permet, l’anesthésie locale du site opératoire restant néanmoins toujours nécessaire. Son intérêt principal documenté est la réduction maximale de la consommation d’agents anesthésiques pendant l’intervention.
L’exemple le plus documenté reste celui du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Liège, où le Professeur Marie-Élisabeth Faymonville a développé cette approche depuis le début des années 1990. Depuis 1992, près de 9 500 interventions chirurgicales y ont été réalisées sous hypnosédation, des chirurgies mineures jusqu’à des interventions plus lourdes comme la chirurgie thyroïdienne. Cet exemple belge sert aujourd’hui de référence pour de nombreuses équipes françaises qui s’inspirent de cette méthodologie.
L’hypnoanalgésie dans les soins courants
En dehors du bloc, l’hypnoanalgésie trouve sa place dans les gestes douloureux récurrents : changements de pansement, ponctions, soins en pédiatrie, oncologie ou unités de grands brûlés. C’est précisément ce type de besoin que couvrent les formations hospitalières en France. L’Institut Français d’Hypnose, l’un des organismes les plus actifs sur ce terrain, indique avoir formé plus de 3 500 professionnels de santé en intra-hospitalier, dans plus de 90 établissements, parmi lesquels les Hospices Civils de Lyon, le CHU de Grenoble, le CHRU de Montpellier, le CHU de Poitiers, l’Hôpital Robert Debré ou l’Institut Curie.
Cette liste a un intérêt direct pour une direction d’établissement : elle montre que la formation à l’hypnose médicale en intra-hospitalier n’est pas une démarche marginale, mais une pratique déjà répandue dans des structures universitaires et de référence.
Les bénéfices pour l’établissement
Une réponse argumentée aux exigences de qualité des soins
Disposer d’équipes formées à des techniques non médicamenteuses reconnues par la HAS s’inscrit directement dans les démarches qualité de l’établissement. C’est un élément factuel à valoriser dans le cadre de la certification, des projets de service ou des relations avec les autorités de tutelle.
Un effet documenté sur la consommation de produits anesthésiques
Au bloc opératoire, les travaux disponibles montrent un effet mesurable sur la réduction des doses d’anesthésiques utilisées pendant l’intervention. Cet effet est le mieux établi scientifiquement. Pour d’autres usages, comme les soins douloureux courants, les retours d’expérience des établissements formés sont encourageants, mais demandent encore à être consolidés par des études contrôlées de plus grande ampleur. C’est un point de rigueur à garder en tête au moment de fixer les objectifs d’un projet de formation : l’hypnose médicale est un levier complémentaire solide, pas une promesse de résultat garanti sur tous les indicateurs.
Une démarche qui s’intègre aux dispositifs de financement existants
Une formation à l’hypnose médicale en intra n’est pas nécessairement une dépense hors budget. Lorsqu’elle est dispensée par un organisme certifié Qualiopi, elle peut être intégrée directement dans le plan de développement des compétences de l’établissement et devenir éligible aux dispositifs de financement existants, notamment via les opérateurs de compétences (OPCO).
Un argument différenciant pour l’attractivité de l’établissement
Dans un contexte de tension sur le recrutement soignant, proposer à ses équipes des compétences relationnelles et thérapeutiques supplémentaires est un signal envoyé aux candidats comme aux patients. Ce n’est pas un substitut à une politique salariale ou d’organisation du travail, mais cela peut compléter une politique de marque employeur, au même titre que d’autres formations valorisantes.
Les bénéfices pour les équipes soignantes elles-mêmes
Former une équipe à l’hypnose médicale ne profite pas seulement aux patients. Les soignants acquièrent des outils de communication thérapeutique qui modifient leur manière d’aborder les soins difficiles : changement de pansement, prélèvement chez un enfant ou un patient anxieux, accompagnement en fin de vie.
L’apprentissage de l’autohypnose fait également partie de la plupart des cursus de ce type. Les soignants disposent alors d’un outil pour gérer leur propre charge mentale, dans des métiers où l’exposition répétée à la souffrance d’autrui pèse sur le long terme. Ce n’est pas une réponse à elle seule à l’épuisement professionnel, qui relève de causes organisationnelles plus larges, mais c’est une ressource individuelle supplémentaire à disposition des équipes.
Sur le plan professionnel, plusieurs équipes formées rapportent un sentiment renforcé d’efficacité face aux situations de soin les plus délicates, et une relation soignant-patient plus apaisée. Ce sont des bénéfices d’ordre qualitatif, qu’il est utile de prendre en compte sans pour autant les présenter comme des résultats chiffrés et standardisés.
Comment structurer une formation intra-établissement
Quel public former
Le choix du public dépend des besoins identifiés. Un service de chirurgie ambulatoire orientera plutôt sa demande vers l’hypnosédation et concernera en priorité les anesthésistes, infirmiers anesthésistes et chirurgiens. Un service de pédiatrie, d’oncologie ou un EHPAD privilégiera l’hypnoanalgésie et la communication thérapeutique, à destination des infirmiers, aides-soignants et parfois des psychologues. Une formation peut aussi être pensée pour une équipe pluriprofessionnelle, ce qui favorise une culture commune au sein du service.
Quel format et quelle durée
Les formations hospitalières en hypnose médicale se construisent généralement sur plusieurs journées, réparties en plusieurs sessions pour permettre une appropriation progressive et une mise en pratique entre les séances. Le format en intra présente un avantage spécifique : le contenu peut être directement adapté aux situations cliniques rencontrées dans votre établissement, plutôt qu’à des cas génériques.
Comment financer le projet
Comme indiqué plus haut, la certification Qualiopi de l’organisme formateur conditionne l’accès aux financements via les OPCO et les plans de développement des compétences. C’est un point à vérifier en amont avec votre service formation ou vos ressources humaines (RH), avant même de définir le contenu pédagogique.
Supervision et aide à la cotation
Après la formation, deux aspects très importants sont très souvent oubliés par les établissement : la supervision et la cotation. Conséquence : la pratique n’est pas pérennisée, la dynamique s’essouffle, les professionnels ne savent pas comment valoriser leur pratique, et comme elle n’est pas cotée, pour l’établissement c’est comme si rien ne se passait. De façon très triviale : on a utilisé une enveloppe de formation, mais on a jeté cet argent dans le vent.
La supervision (1 jour ou une demi journée) permet de s’entretenir avec les équipes à distance de la formation, pour évaluer comment les outils ont pu être appliqués, quelles ont été les difficultés, quels seraient les besoins pour relancer ou augmenter l’activité, etc.Elle permet donc de structurer et de pérenniser la pratique, par exemple en créant une synergie et concrètement un “pôle hypnose” dans un établissement.
L’aide à la cotation peut aussi être importante pour pérenniser la pratique, mais surtout pour la valoriser. La valoriser pour l’établissement déjà, car cette pratique, pour être cotée, nécessite un certain nombre d’étapes (validation d’un “soin hypnose”, acte CSARR, travail avec le DIM, traçabilité des techniques utilisée, cotation douleur ou anxiété avant et après, etc). La valoriser aussi pour les professionnels eux-même, car en validant un soin “hypnose”, ils se rendent compte que ce qu’ils font est pris au sérieux, et que ça a de la valeur, tout comme une prise de sang ou un pansement.
Ce que l’hypnose médicale ne remplace pas : limites et garde-fous
La rigueur impose de ne pas présenter l’hypnose médicale comme une solution universelle. Le rapport de l’INSERM le souligne avec précision : sur la vingtaine d’études et de synthèses analysées, l’intérêt thérapeutique de l’hypnose apparaît bien établi en anesthésie per-opératoire, en prise en charge de la douleur en général et dans la prise en charge de la colopathie fonctionnelle, alors que les données restent insuffisantes, voire décevantes, dans d’autres indications. Le niveau de preuve varie donc fortement selon l’indication visée, et un projet de formation sérieux doit en tenir compte plutôt que de présenter l’hypnose comme efficace par principe sur tout type de douleur ou d’anxiété.
Le même rapport rappelle un point réglementaire que toute direction d’établissement doit connaître avant de choisir son organisme formateur : la pratique de l’hypnose à visée thérapeutique (donc qui prétend traiter, soigner) par une personne non soignante peut faire l’objet de poursuites pour exercice illégal de la médecine. C’est pourquoi le choix du formateur ne peut pas se limiter à une question de tarif ou de disponibilité. Un formateur professionnel de santé en exercice, formé spécifiquement à l’hypnose médicale, apporte une garantie de cadre clinique que les modules génériques destinés au grand public n’offrent pas.
Enfin, l’hypnosédation elle-même n’est jamais imposée au patient (signature de consentement) et jamais de façon irréversible. Au bloc opératoire, le patient garde la possibilité de revenir à tout moment à une anesthésie générale s’il ressent un inconfort. Cela illustre bien la philosophie de cette pratique : un outil flexible, encadré, et toujours réversible, pas une alternative figée aux protocoles existants.
Faire le point sur les besoins de votre établissement
Chaque établissement a ses propres contraintes : type de patientèle, organisation des plannings, budget formation, services prioritaires. Avant de lancer un projet, un échange permet d’identifier les indications les plus pertinentes pour vos équipes et de cadrer un format réaliste.
Fort de quinze ans de pratique clinique en hypnothérapie et d’une expérience de terrain comme infirmier en neurologie, j’accompagne les établissements de santé dans la construction de parcours de formation adaptés à leurs réalités cliniques, et non sur la base de modules standardisés.
Pour échanger sur les besoins de votre établissement et envisager une formation en intra ou en inter, vous pouvez prendre contact directement. Vous trouverez également plus de détails sur les formats proposés sur la page formations.
Pour les professionnels ou les patients qui souhaiteraient explorer les autres usages médicaux de l’hypnose (douleur, anxiété, accompagnement de soins), la catégorie hypnose médicale du blog regroupe l’ensemble des articles sur le sujet.